- 🎨 Un chef-d'œuvre de Romero de Torres retrouvé après des décennies de collection privée
- ⚖️ L'État espagnol exerce son droit de préemption pour 140 000 euros en février 2026
- 🏛️ La toile rejoint le Musée des Beaux-Arts de Valence plutôt que sa Cordoue natale
Le peintre Julio Romero de Torres voit son œuvre Samaritanas, récemment acquise par l'État espagnol, rejoindre le Musée des Beaux-Arts de Valence. Cette toile mystérieuse, disparue des radars pendant des décennies, marque le retour d'un génie cordouan dans les collections publiques nationales.
L’artiste Julio Romero de Torres demeure l’ambassadeur le plus énigmatique de l’âme andalouse du début du XXe siècle. En ce mois de février 2026, l’actualité culturelle espagnole s’est figée autour d’une transaction majeure : l’acquisition par le Ministère de la Culture du tableau Samaritanas. Cette œuvre, restée dans l’ombre des collections privées pendant des décennies, vient d’être arrachée au marché de l’art pour intégrer le patrimoine public.
Ce retour en pleine lumière ne se fera pas sur les rives du Guadalquivir, mais face à la Méditerranée. L’État a en effet désigné le Musée des Beaux-Arts de Valence (MuBAV) comme destination finale de la toile. Ce choix stratégique souligne l’importance nationale d’un peintre souvent réduit, à tort, à un simple folklore local. Pour le voyageur passionné d’art, ce transfert redéfinit la géographie du modernisme espagnol.
Informations pratiques sur l’acquisition
- Lieu de conservation : Musée des Beaux-Arts de Valence (MuBAV).
- Date d’acquisition : 12 février 2026.
- Prix d’achat : 140 000 € (plus commissions d’enchères).
- Type d’œuvre : Huile et détrempe sur toile, 111 x 121 cm.
- Statut : Intégration prochaine à la collection permanente.
Le mystère des "Samaritanas" : une toile retrouvée
Pendant près de cinquante ans, on avait perdu la trace de cette œuvre, également connue sous le nom de Hermanas Pastor ou En el pozo. La rumeur la situait en Argentine, terre d’exil de nombreuses toiles de l’artiste, avant qu’elle ne réapparaisse discrètement dans une vente aux enchères à Barcelone. Le tableau représente deux jeunes femmes près d’une margelle de puits de style arabe ancien, chacune tenant un récipient pour recueillir l’eau.
On y retrouve tous les codes qui font la signature de Romero de Torres : les regards profonds, la présence d’objets du quotidien comme la jarre en cuivre, et ce paysage crépusculaire qui semble suspendu dans le temps. Franchement, la première fois que l’on observe une telle composition, on est frappé par cette atmosphère de silence absolu, presque métaphysique, qui s’éloigne des couleurs criardes de l’Andalousie de carte postale.
L’analyse technique réalisée pour la vente indique que, malgré un vernis vieilli et une toile légèrement détendue, l’état général est excellent. Le cadre original en bois doré a même survécu aux voyages successifs de l’œuvre entre les continents. Cette résilience matérielle fait écho à la puissance du sujet, une scène biblique transposée dans la réalité rurale et mystique de la Cordoue des années 1920.

Pourquoi ce Romero de Torres part-il à Valence ?
La question brûle les lèvres de nombreux Cordouans : pourquoi Valence ? Si Cordoue possède son propre musée consacré au peintre, l’État a privilégié le MuBAV pour une raison de cohérence muséographique. En 2019, Valence avait déjà accueilli une exposition monographique majeure sur Romero de Torres, affirmant son rôle de centre d’excellence pour l’étude du modernisme et du symbolisme espagnol.
Ce mouvement s’inscrit dans une volonté de décentralisation culturelle. En envoyant Samaritanas à Valence, le Ministère de la Culture renforce le dialogue entre les écoles de peinture régionales. Cela signifie, concrètement, que l’œuvre ne sera pas une pièce de plus dans une collection déjà saturée, mais un pilier central de la section consacrée au début du XXe siècle au MuBAV.
Pour le visiteur qui a déjà parcouru la cité de Tartessos ou les ruelles de la Judería, ce départ est une invitation à suivre le fil rouge de l’art andalou au-delà de ses frontières géographiques. L’influence de Cordoue rayonne, et cette acquisition prouve que l’intérêt pour ses maîtres ne faiblit pas, même un siècle après leur mort.
L’héritage de Julio Romero de Torres au-delà de Cordoue
L’achat par l’État via le droit de préemption (derecho de tanteo) est un acte fort. Ce mécanisme permet à l’administration d’égaler la mise la plus haute lors d’une enchère publique pour conserver l’œuvre dans le giron national. Cela n’était pas arrivé pour un Romero de Torres depuis des décennies. L’importance de ce geste valide la place de l’artiste dans le panthéon européen, loin des clichés de la "femme brune" chantée par la copla.
L’œuvre de Romero de Torres est une quête d’identité. Comme le souligne souvent la critique d’art contemporaine, il ne peignait pas des modèles, mais des archétypes.
« Romero de Torres n’est pas seulement le peintre de la femme cordouane ; il est le poète d’une Espagne profonde et tragique qui utilise le pinceau pour fixer l’éternité dans un regard. » (traduction)
— Direction du Musée des Beaux-Arts de Valence, communiqué de presse 2026.
Cette citation résume parfaitement l’enjeu de cette acquisition. Le tableau n’est pas qu’un objet esthétique ; c’est un document historique qui témoigne d’une époque où l’Espagne cherchait sa modernité dans ses racines les plus anciennes. On y voit une fusion entre la rigueur de la peinture de la Renaissance italienne et la sensualité sombre du sud de l’Espagne.
Une analyse comparative de l’œuvre
Pour bien comprendre la valeur de Samaritanas, il faut la situer dans la production globale de l’artiste :
- L’esthétique : Contrairement aux portraits mondains de sa période madrilène, cette toile appartient à sa veine la plus pure, axée sur le symbolisme et les traditions populaires.
- La technique : L’usage de la détrempe (tempéra) apporte une matité et une profondeur aux ombres que l’huile seule ne permettrait pas.
- La provenance : Son passage par l’Argentine lie l’œuvre à l’histoire de l’émigration espagnole et au succès international que l’artiste a connu de son vivant en Amérique latine.

La résurrection d’une icône cordouane
L’intégration de Samaritanas au Musée de Valence marque une étape cruciale pour la reconnaissance de la voix de la Cordoue rurale et urbaine. Ce n’est pas une perte pour Cordoue, mais une extension de son territoire artistique. Le tableau, avec ses femmes hiératiques et son puits symbolique, devient une fenêtre ouverte sur l’Andalousie au cœur de la Communauté valencienne.
J’ai pu observer, lors de précédentes expositions, comment le public réagit face à ces toiles : il y a un recueillement immédiat. Le mystère qui entoure cette acquisition — de sa disparition à sa réapparition soudaine à Barcelone — ajoute une couche de légende à un peintre qui n’en manquait déjà pas. C’est ici que réside la force de Romero de Torres : il transforme l’anecdote locale en un récit universel.
Le marché de l’art a parlé avec un prix de 140 000 euros, mais la valeur culturelle est inestimable. En 2026, posséder un tel fragment de l’histoire espagnole dans un musée public est un luxe nécessaire. C’est la garantie que les générations futures pourront, elles aussi, s’interroger sur le secret que ces deux femmes partagent près du vieux puits arabe.
En 2026, l’État n’a exercé son droit de préemption sur un Romero de Torres qu’une seule fois, prouvant que Samaritanas n’est pas qu’une toile, mais un fragment d’identité nationale.
Questions fréquentes
Pourquoi le tableau ne reste-t-il pas à Cordoue ?
Le choix du musée de destination appartient à l’État espagnol, propriétaire de l’œuvre. Le Musée des Beaux-Arts de Valence possède une collection de premier plan et une expertise reconnue sur cette période, ce qui garantit une visibilité nationale et internationale optimale à la toile, complétant ainsi l’offre culturelle du sud au levant.
Quelle est la particularité de la technique utilisée par Romero de Torres ?
Julio Romero de Torres utilisait souvent un mélange d’huile et de détrempe (tempera). Cette technique, héritée des maîtres anciens, permet d’obtenir des textures veloutées et une gestion de la lumière très particulière, idéale pour créer les atmosphères mélancoliques et les carnations mates qui caractérisent ses personnages.
Peut-on déjà voir le tableau à Valence ?
Pas encore. Après son acquisition en février 2026, la toile doit subir un protocole standard de vérification technique et de nettoyage léger avant d’être officiellement installée. Son intégration à la collection permanente du MuBAV devrait être effective dans les prochains mois, accompagnée d’une présentation spéciale.
