Théâtre à Cordoue : Las Mortero et l’écho des années 90

Une scène de théâtre sombre avec trois chaises sous un projecteur, évoquant l'intimité d'une pièce contemporaine à Cordoue.
  • 🎭 Le retour de Nieves Pedraza à l'ESAD de Cordoue
  • 🔙 Une réflexion crue sur la violence esthétique des années 90
  • 🏙️ La périphérie urbaine comme identité culturelle forte

Le théâtre à Cordoue retrouve Nieves Pedraza pour une représentation exceptionnelle de Las Mortero à l'ESAD. Entre nostalgie des années 90 et critique de la violence esthétique, trois actrices revisitent leur jeunesse dans le quartier qui les a vues grandir. Un rendez-vous brut et nécessaire.

Le théâtre à Cordoue s’apprête à vivre un moment d’une rare intensité émotionnelle. Ce samedi, la pièce Las Mortero investit la scène de l’ESAD, marquant le retour aux sources de la dramaturge Nieves Pedraza. Dans ce bâtiment chargé d’histoire, trois femmes interrogent les fantômes de leur adolescence et la réalité crue des quartiers périphériques.

Informations pratiques

  • Date : Samedi 21 mars, 21h00
  • Lieu : Escuela Superior de Arte Dramático (ESAD) – Sala Duque de Rivas
  • Prix : Entrée libre ou tarif réduit (consulter la billetterie de l’ESAD)
  • Accès : Situé dans le quartier historique, à proximité de la Judería.

Le retour à l’ESAD : quand les murs se souviennent

Revenir à l’École Supérieure d’Art Dramatique de Cordoue n’est pas un geste anodin pour Nieves Pedraza, Auxi Jiménez et Nuria Vicent. C’est ici, dans ces patios et ces couloirs, qu’elles ont appris leur métier avant que les nécessités de la carrière ne les poussent, comme tant d’autres, à faire leurs valises. Le théâtre à Cordoue souffre souvent de cette fuite des talents vers Madrid ou Barcelone, mais ce samedi, c’est un reencuentro (retrouvaille) qui s’opère.

La salle Duque de Rivas n’est pas seulement un lieu de spectacle ; c’est le laboratoire où ces actrices ont forgé leur regard. Monter Las Mortero ici, après quatre ans de tournée, apporte une couche supplémentaire de signification. La pièce, bien que fixée par un texte, reste une œuvre organique. Pedraza confie d’ailleurs modifier des détails jusqu’à cinq minutes avant l’entrée en scène, s’adaptant à l’énergie du lieu et au public local.

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Pourquoi le théâtre à Cordoue revisite-t-il les années 90 ?

L’œuvre plonge ses racines dans une période charnière : les années 1990. Pour les trois protagonistes, cette décennie n’est pas une carte postale nostalgique et colorée, mais un territoire de construction parfois violent. La pièce aborde de front la notion de « violence esthétique », un terme qui résonne particulièrement fort dans une ville où les traditions et l’image de soi sont souvent scrutées.

La comparaison entre cette jeunesse pré-numérique et l’actuelle est au cœur du récit. Si les années 90 offraient une liberté sans téléphones portables, elles imposaient un canon de beauté rigide et omniprésent. Les actrices évoquent ces années de supermodèles où le corps normal était perçu comme une anomalie, une pression qui, selon elles, n’a pas disparu mais s’est simplement déplacée vers la sphère du « self-care » obligatoire et monétisé.

Voici les trois piliers qui soutiennent la narration de Las Mortero :

  1. La Nostalgie politique : Un regard critique sur ce que nous avons été pour comprendre qui nous sommes.
  2. Le Corps comme champ de bataille : La dénonciation des troubles alimentaires et des canons esthétiques étouffants.
  3. L’Appartenance : Le besoin viscéral d’être invité à la fête, de faire partie du groupe.

La périphérie comme identité politique

Las Mortero ne se contente pas d’explorer l’intime ; elle revendique une identité géographique. Les personnages sont des filles de la périphérie, de ces quartiers extramuros qui entourent le centre historique de Cordoue. Cette « périphérie » est autant économique que symbolique. C’est le sentiment de regarder la fête depuis le seuil de la porte, sans jamais être tout à fait à l’intérieur.

Cette thématique s’inscrit dans une tendance plus large du théâtre à Cordoue : week-end de carnaval et de mémoire, où la scène locale devient un espace de revendication pour les voix que l’on entend peu dans les circuits touristiques classiques. Nieves Pedraza utilise l’humour comme un scalpel pour disséquer ces traumas, refusant la complaisance pour privilégier une vérité brute.

« Être jeune dans les années 90 était mieux qu’aujourd’hui, mais pour la violence esthétique, c’était une horreur. »
— Nieves Pedraza, dramaturge et metteuse en scène, dans un entretien pour Cordópolis.

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La comédie est-elle un privilège masculin ?

Un point crucial soulevé par la compagnie concerne la place des femmes dans la comédie et l’improvisation à Cordoue. Le constat est amer : le droit à la médiocrité semble réservé aux hommes. Pour qu’une femme se fasse une place sur les planches, elle doit souvent faire preuve d’une brillance absolue, là où ses confrères bénéficient d’une porte ouverte dès leurs premiers essais.

Les interprètes de Las Mortero soulignent que l’humour féminin est encore trop souvent perçu comme une niche, alors qu’il traite de l’universel à travers le prisme du genre. En jouant à l’ESAD de Cordoue, elles envoient un signal fort aux futures générations d’étudiantes : la scène est un espace de pouvoir qu’il faut occuper sans demander pardon.

Le théâtre de quartier, dernier rempart de l’honnêteté

Assister à une représentation de Las Mortero à la Sala Duque de Rivas, c’est accepter de voir le miroir se briser. La pièce nous rappelle que la jeunesse n’est pas une période qui s’achève, mais un écho constant qui dicte nos choix présents. Entre rires salvateurs et silences pesants, la compagnie prouve que la culture locale possède une force de frappe que les grands circuits commerciaux envient parfois.

Ce que les guides de voyage oublient souvent de préciser, c’est que la véritable identité d’une ville ne se trouve pas uniquement dans ses pierres millénaires, mais dans la capacité de ses artistes à transformer le trauma d’un quartier périphérique en une œuvre universelle de 90 minutes.

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Questions fréquentes

Pourquoi l’ESAD est-elle un lieu si particulier pour ce spectacle ?

L’École Supérieure d’Art Dramatique est le lieu de formation des trois actrices. Y jouer Las Mortero crée une mise en abyme où les artistes reviennent physiquement là où leur propre jeunesse s’est jouée, renforçant le thème de la mémoire centrale dans la pièce.

Le spectacle est-il accessible aux non-hispanophones ?

Le théâtre contemporain espagnol repose beaucoup sur le texte et les références culturelles locales (comme les quartiers de Cordoue). Bien que la performance physique soit expressive, une compréhension intermédiaire de l’espagnol est recommandée pour saisir les nuances de l’humour et de la critique sociale.

Quelle est la place de l’humour dans cette tragédie sociale ?

L’humour est utilisé comme un dispositif de survie. Les actrices ne cherchent pas la blague facile, mais utilisent le rire pour transcender des situations de violence esthétique et d’exclusion sociale, rendant le message politique plus percutant et digeste.