mardi 18 juin 2024
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Les filles de la domestique par Sonsoles Ónega : une généreuse composition de hamburger

par María Fernanda González

La hija de la criada : Analyse du dernier Prix Planeta remporté par Sonsoles Ónega

Le dernier Prix Planeta a été remporté par Sonsoles Ónega pour son roman La hija de la criada, une œuvre dont les premières pages révèlent clairement qu’il s’agit d’un livre de divertissement destiné à un large public. Il est donc difficile de le juger de manière exclusive avec des critères littéraires stricts. Cependant, il est intéressant de se questionner sur la qualité de cette "hamburguesa" littéraire.

La trame de l’histoire

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans l’intrigue principale : le seigneur d’une riche famille espagnole laisse enceintes les deux femmes de sa maison. La servante, qui accouche le même jour que son épouse, échange les nouveau-nées afin d’offrir une meilleure vie à sa fille illégitime. Ce fait marque le début de l’histoire et les personnages principaux sont présentés, ainsi que leur histoire. Le cadre historique du XXe siècle en Espagne et à Cuba est également détaillé.

Des femmes fortes et des hommes lâches

L’auteure dresse un portrait de femmes fortes, tandis que les hommes sont souvent peints comme des lâches et des misérables. De la mère du seigneur adultère qui dirigeait les affaires familiales à Cuba, et qui finit par se suicider après avoir tué une employée avec qui son mari avait une liaison, à sa femme, une femme d’affaires remarquable qui crée une entreprise de conserves puis une baleinière, en passant par leur fille biologique qui devient une brillante gestionnaire des affaires familiales ; toutes les femmes de la haute société sont dépeintes comme intelligentes, perspicaces et énergiques. Ce n’est cependant pas le cas des femmes issues de milieux modestes.

Un hommage aux travailleuses de conserveries galiciennes

Si un hommage est rendu aux honnêtes travailleuses des conserveries galiciennes, les personnages féminins malveillants (en dehors du stéréotype des femmes médisantes de la haute société) sont tous issus des classes sociales les plus modestes : la servante qui décide d’échanger les bébés, l’intrigante et perverse travailleuse cubaine qui a une relation charnelle avec son maître, une voyante -avec des pouvoirs étonnamment réels- qui souhaite du mal à la famille protagoniste, et même la fille illégitime qui, malgré son héritage et une vie de privilèges, se comporte de manière envieuse et irritante. Quant aux hommes, en plus d’être faibles face aux tentations de la chair, ils sont présentés comme dénués de courage et d’empathie.

Une intrigue à multiples rebondissements

La novela offre tous les ingrédients du genre folletinesque qui ravit les lecteurs en quête d’évasion : des malheurs dans les familles de haute noblesse, des amours, des décès, des réussites et des échecs professionnels, des inceste, des naufrages, des mariages arrangés, des voyages, un personnage central fort avec une connexion aux événements historiques. Cependant, malgré de nombreux dialogues qui rendent la lecture légère et fluide, l’auteure ne parvient pas à maintenir la tension narrative. Dès les premières pages, le lecteur est désensibilisé à l’échange des bébés par la réduction du protagoniste masculin, et par les nombreuses cabrioles scénaristiques du livre.

Des personnages aveugles au secret

Il est surprenant de constater que, au fur et à mesure que l’intrigue avance, de plus en plus de personnages sont mis au courant du secret, même si la mère et la fille, malgré les indices et leur intelligence, n’ont pas la moindre suspicion. De plus, les nombreux va-et-vient au sein de la fortune familiale créent un désintérêt croissant dans la lecture. Les relations amoureuses ne provoquent pas non plus une véritable émotion et la seule qui semble l’avoir désiré se déroule sans profondeur, de manière prévisible, sans toucher le lecteur.

Le problème central

Le principal problème réside dans le fait que l’auteure ne parvient pas à mesurer l’intensité des événements et réduit en quelques lignes les moments potentiellement émouvants ou dramatiques. L’importance émotionnelle est écrasée par le manque de profondeur, même dans les rares moments où le livre évoque un certain malaise, comme la grossesse à cause d’inceste (les parents ne savant pas qu’ils sont demi-frères) que la romancière expédie rapidement.

Une histoire riche mais mal exploitée

Au final, il se passe beaucoup de choses dans Las hijas de la criada, pourtant, la plupart d’entre elles n’intéressent pas réellement le lecteur. Malgré les efforts pour ajuster la langue à l’époque et à la géographie (surtout en Galice plutôt qu’à Cuba), les dialogues sonnent légèrement artificiels et le narrateur, imprégné d’un sentiment conservateur et moralisateur, est omniscient mais peut parfois dire des phrases telles que "nous ne connaîtrons jamais le réel motif". De plus, on retrouve des répétitions (on ignore si c’est volontaire ou non) de formules un peu emphatiques, telles que "la vérité triomphe toujours du mensonge".

Une observation curieuse

Une tendance qui était déjà présente dans l’édition précédente du Prix Planeta : les personnages font beaucoup de choses "à l’intérieur d’eux-mêmes". Ici, ils gémissent, ruminent, murmurent, chuchotent, disent, ajoutent et "articulent des sons dans leur esprit".

En conclusion, cette "hamburguesa" est bien garnie, mais elle manque malheureusement de saveur.

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