mardi 18 juin 2024
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Conversation avec les lecteurs : Paul Auster, l’auteur prolifique

par María Fernanda González

Paul Auster, un maître de la littérature

Aujourd’hui, 1er mai 2024, les amoureux de la littérature se sont réveillés avec la triste nouvelle de la mort de Paul Auster, à l’âge de 77 ans, après une longue lutte contre le cancer. C’est ainsi qu’une des voix les plus personnelles, prolifiques et originales de la littérature américaine des derniers cinquante ans disparaît. En 2006, lorsqu’il a reçu le Prix Prince des Asturies, le jury a affirmé que l’œuvre d’Auster offre "un témoignage esthétiquement très précieux des problèmes individuels et collectifs de notre époque". Auster (Newark, New Jersey, 1947-New York, 2024) a su créer un univers littéraire unique qui a fasciné des millions de lecteurs à travers le monde en abordant des questions telles que la solitude, la fragmentation de l’identité dans le monde contemporain, la dissolution des frontières entre réalité et fiction ou encore l’importance du hasard et des coïncidences dans nos vies, comme le reflète le titre de l’un de ses romans les plus mémorables, La musique du hasard (1990), adapté au cinéma trois ans après sa publication avec peu de succès.

Les débuts de sa carrière et son style captivant

La carrière de Paul Auster commence au début des années 70, publiant sans succès plusieurs recueils de poésie, qui influenceront plus tard son écriture fluide et élégante. Des décennies plus tard, en 2004, un volume rassemblant toutes ses poésies sera publié aux États-Unis. En 1982, l’auteur se plonge avec succès dans l’univers de la prose en publiant L’invention de la solitude, un texte de caractère hybride que la critique considère souvent comme des mémoires, où l’auteur évoque ses relations complexes avec son père et dévoile des secrets douloureux de ses ancêtres. Il est important de souligner deux paradoxes essentiels chez Paul Auster qui font de lui un écrivain exceptionnel : d’une part, et à l’instar d’autres auteurs américains tels que Kurt Vonnegut ou E. L. Doctorow, malgré son affiliation aux postulats du postmodernisme et l’analyse de sujets complexes, il le fait avec un style attrayant et direct ; d’autre part, bien que son œuvre soit très ancrée dans la cartographie physique et émotionnelle des États-Unis et de New York (le titre de son roman de 2005 Brooklyn Follies en est une preuve), il est fortement influencé par des théories développées en France dans les années 60, bien que l’auteur ait nié cette influence. Parmi ses sujets, il a abordé la solitude, la fragmentation de l’identité dans le monde contemporain ou encore la dissolution des frontières entre réalité et fiction.

Un auteur plus admiré en Europe qu’aux États-Unis

Auster était plus apprécié en Europe qu’en son propre pays, c’est pourquoi le Centre pour les Études Paul Auster est basé à Copenhague et non aux États-Unis. Il était particulièrement respecté en France, où il a passé plusieurs années après avoir obtenu son diplôme en Littérature Comparée à l’Université de Columbia à New York (où il a été témoin des manifestations étudiantes contre la guerre du Vietnam qui ont ensuite annoncé celles d’aujourd’hui contre la situation à Gaza). Sans aucun doute, il peut être considéré comme l’auteur américain le plus francophile de sa génération ; il a été responsable de plusieurs anthologies et de nombreuses traductions de la littérature française, certaines en collaboration avec sa première épouse, Lydia Davis, elle aussi une écrivaine exceptionnelle, tout comme sa veuve, Siri Hustvedt. L’influence de la pensée française est évidente dans ses romans, grâce à des réflexions de caractère existentiel, comme dans la mythique Trilogie de New York (1987), qui l’a consolidé comme une figure clé du roman américain à la fin du XXe siècle, bien qu’elle ait été initialement rejetée par diverses maisons d’édition. Cette réécriture postmoderne des romans classiques policiers devait marquer de façon indélébile la trajectoire d’Auster, avec ses réflexions philosophiques sur l’existence, la présence d’alter ego fictifs de l’auteur, ou encore des jeux métalittéraires et intertextuels, qui incluent même de brillantes réflexions sur l’auteur de Don Quichotte. Dans certaines interviews, l’auteur a même regretté que ces trois romans occultent souvent le reste de son œuvre, aussi vaste que variée. Son roman le plus suggestif est peut-être L’histoire des illusions (2002), dans lequel le cinéma joue un rôle capital. En fait, un créateur aussi polyvalent que Paul Auster s’est également distingué dans le monde du cinéma, notamment en écrivant le scénario d’un des grands chefs-d’œuvre du cinéma indépendant américain des années 90, Smoke (1995), réalisé par Wayne Wang et interprété par Harvey Keitel et William Hurt. Dans cette nouvelle célébration de la géographie new-yorkaise qu’il aimait tant, Auster se lance dans une célébration joyeuse de la photographie et de l’art de raconter, dans une histoire protagonisée – une fois de plus – par un alter ego fictif. En 2022, un livre d’étude détaillé intitulé Sur le cinéma de Paul Auster est publié en Espagne, écrit par Óscar Curieses et préfacé par le réalisateur Manuel Gutiérrez Aragón. En effet, la présence de Paul Auster dans notre pays est très solide, bien qu’elle ne soit pas à la hauteur de l’admiration qu’il suscite en France. La quasi-totalité de son œuvre (romans, poésie, mémoires et correspondance) a été publiée par une maison d’édition aussi prestigieuse qu’Anagramme, et c’est aujourd’hui Seix Barral qui édite ses œuvres. En 2007, il a présidé le jury du Festival de Cinéma de Saint-Sébastien, où il présentait un film réalisé par lui, La vie intérieure de Martin Frost. Quinze ans plus tard, alors qu’il était déjà malade, il a accepté de recevoir un doctorat honorifique de l’Université Autonome de Madrid, où ceux qui ont eu le plaisir de le côtoyer se souviennent aujourd’hui d’un artiste de renommée mondiale très cordial et proche.

Une production prodigieuse jusqu’à la fin

On ne peut qu’admirer sa production dans ces dernières années, avec la parution en 2017 de son roman le plus long de toute sa carrière, 4, 3, 2, 1, en 2021 d’une étude critique intitulée La flamme immortelle de Stephen Crane (redécouvrant un auteur peu connu dans notre pays), et en 2023 Un pays baigné de sang (essai sur les tueries scolaires dans son pays) et son dernier roman, Baumgartner, un testament littéraire dans lequel apparaît, une fois de plus, un alter ego fictif. Sans aucun doute, la meilleure façon de lui rendre hommage est de citer la conclusion magistrale du discours qu’il a prononcé à Oviedo lors de la réception du Prix Prince des Asturies : "Le roman est une collaboration à parts égales entre l’écrivain et le lecteur, et constitue le seul endroit au monde où deux étrangers peuvent se rencontrer dans des conditions d’intimité absolue. J’ai passé ma vie à converser avec des gens que je n’ai jamais vus, avec des personnes que je ne connaîtrai jamais, et j’espère pouvoir continuer ainsi jusqu’au jour où je rendrai mon dernier souffle." Au revoir, Paul Auster…

source : El Día de Córdoba – Paul Auster, el autor que conversaba con sus lectores

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